Jean-Baptiste Nataf Photographies
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Vertiginée : vertige du féminin. Pour ma troisième exposition dans ce beau lieu qu'est le cloître des Cordeliers, ce sont des photographies de femmes nues et de parties de corps féminins qui prendront place dans les vitrines qui longent le cloître. Ces photographies sont pour une grande part d'entre elles fondues dans des photographies de paysages ou de matières (eau, sable, roche, écorce). Les images finales sont en grand format, environ 70x100 cm.

J'ai essayé de rester en dehors des clichés conventionnels sur ce type de sujet, en dehors de ma propre auto-censure, et en dehors de la provocation, donc de traiter le sujet avec tout le respect et la délicatesse qu'il m'inspire et en même temps sans reculer devant la violence des sentiments et du désir.

Bien sûr les "en dehors" sont relatifs, nous sommes toujours dans une époque et dans une partie du monde, et si j'ai bien senti l'influence de certains peintres me traverser, ou l'ai vue apparaître à mon insu, nul doute que les clichés contemporains véhiculés en grande partie par la mode et la publicité, et donc très martelés dans les esprits, m'ont forcément aussi traversé en pour ou en contre.

Et il y a ce que je ne sais pas, ce qui m'a échappé nécessairement, que vous y verrez, qui constitue le risque qui m'a fait d'ailleurs hésiter un certain temps sur le sujet de cette troisième exposition aux Cordeliers. Il m'a fallu accepter l'éventualité d'y renoncer pour pouvoir finalement la réaliser.

Et les verres des vitrines mêleront partiellement mes images aux reflets du jardin, y ajoutant leur touche d'inconnu qui varie selon les heures et l'humeur du temps.

le 6 juin 2014

Modèles pour les portraits : Aurore Abra (photos n° 04, 06, 08, 15, 20, 24 dans l'ordre de l'exposition) et Colombe (photos n° 01, 02, 11, 25)

Tirages directs Fine Art  -  Picto Online

Graphisme de l'affiche - 212degres.com

Photographies : prises de vue, numérisation éventuelle, traitement des images et montages sur Nikon Capture NX2 et surtout Adobe Photoshop, jusqu'aux prêts à tirer.

Poèmes exposés

Bord de mer (extrait)

Les photographies ont ceci de terrible
qu'elles fixent des images indélébiles;
je ne parle pas de papier, le papier peut faner,
je parle du cerveau qui a dirigé l'œil
et qui devra pourrir pour enfin se gommer.

Mon père à Étretat avec sa canne sur une terrasse
n'est pas bien loin d'ici
et il est si précis que j'en ressens encore
l'odeur du décor.

Les photos d'elle aussi
ne peuvent pas d'oubli.

Voilà pourquoi ne vous inquiétez pas
si vous croisez un fou
qui cherche à haute voix
en marchant sur la plage
une trace, un passage,
et qui parle aux images
du sexe de la mer.

JBN – avril 2007

Fécamp

J'ai pensé si fort à toi
sur la plage de galets
que j'ai entendu tes pas
qui marchaient à mes côtés.

Les galets ont roulé
alors tu t'es tordu les pieds
et nous en avons ri.

J'en ai ri et ri de moi
qui t'inventais auprès de moi,
et j'ai longé les falaises,
cherchant tes formes
inconnues
dans leurs sommets
tout dévêtus.

JBN 27 Avril 2002

Empreinte

Ton sexe tenait le mien,
le rebord de ses lèvres
embrassait chaque instant.

Tes mains serraient mes fesses.

Ton ventre juste arrondi
est posé sur mon lit.

Rondeur de épaule
monde éteint
courbe peau lisse
jambe fine que je caresserai
profil de visage
reposé contre moi
douceur qui s'étend
tendresse qui se répand.

Le creux seul est resté.
Empreinte de ton corps
pour unique décor;
odeur de ton sexe
à ma poursuite
sans cesse.

JBN – janvier 2003

Lorsque je sens ton sexe couler sur mes doigts

Lorsque je sens ton sexe couler sur mes doigts
l'univers se contracte en une seule larme,
tous les mots se reculent avant le temps biblique,
et j'entends la Vltava de Bedrich Smetana,
et aussi tous les chants, et la musique unique.
J'entends enfin le point,
celui qui est avant, plus loin que nos naissances,
ce point de l'inconnu que l'on ne peut nommer,
qui souvent me bouleverse jusqu'à me faire pleurer,
et qui parfois m'échappe et rend tout mot abstrait,
vidé, banalisé, comme une outre percée,
ce point de l'inconnu si loin, plus loin encore,
tout là-bas où les mots n'existent pas encore,
ce point dont on n'approche que quand on s'est lavé,
quand on a accepté les douleurs du passé,
quand on a accepté les amours du passé,
quand on a accepté de s'entendre crier,
quand on a accepté de s'entendre pleurer,
ce point qui est tout près, qui est pourtant si loin,
qui est pour tous les hommes, qui par là ne sont qu'un,
ce point que les mots peinent à tenter de cerner,
ce point de croisement de naissance et de mort,
qui sort du personnel et devient éternel,
ce point que tous possèdent mais que beaucoup ignorent,
qui a un nom très simple et un peu raccourci
puisqu'on l'appelle parfois du petit nom de "vie",
ce point tangue vers moi sur une barque frêle
qui vogue sur les ondes qui s'échappent de toi.
Mais là, c'est tout entier, avec tous ses méandres,
comme ceux de la Vltava quand elle traverse Prague,
mais là, c'est tout entier par afflux successifs
qu'il s'écrit devant moi,
lorsque je sens ton sexe qui coule sur mes doigts.

JBN – mai 2002